QUAND L’ARMÉE PRIT LE POUVOIR POUR SAUVER LA RÉPUBLIQUE : Retour sur l’histoire du coup d’État du 26 octobre 1972

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Le 26 octobre 1972 restera à jamais gravé dans la mémoire collective des Béninois comme le tournant décisif d’une nation à la recherche d’elle-même. Ce jour-là, dans un climat de lassitude populaire face à l’instabilité politique chronique, le commandant Mathieu Kérékou, alors chef d’état-major de l’armée dahoméenne, prit le pouvoir par un coup d’État sans effusion de sang. Ce geste, mû par la volonté de “mettre fin à l’anarchie et à la corruption”, selon les termes du principal protagoniste, allait bouleverser à jamais le destin du pays.

Depuis l’indépendance en 1960, le Dahomey vivait au rythme des crises politiques et des rivalités régionales. Les trois grandes figures du paysage politique, Hubert Maga, Justin Ahomadégbé-Tomêtin et Sourou Migan Apithy, avaient tenté de cohabiter au sein d’un Conseil présidentiel instauré en 1970. Cette expérience inédite, censée garantir une alternance apaisée, s’était rapidement heurtée à la méfiance, aux intrigues et à la paralysie de l’État. L’administration vacillait, l’économie stagnait et la population, désemparée, n’espérait plus un véritable sursaut national.

C’est dans ce contexte de désillusion que l’armée, se présentant comme l’ultime recours, décida d’intervenir. Le 26 octobre 1972, au petit matin, les forces armées prirent le contrôle des points stratégiques du pays. Quelques heures plus tard, la voix du commandant Mathieu Kérékou retentit sur les ondes de la radio nationale. Dans un ton ferme mais mesuré, il annonça la dissolution du Conseil présidentiel, la suspension de la Constitution et des partis politiques, ainsi que la mise en place d’un nouveau pouvoir qui n’était rien d’autre que le Conseil national révolutionnaire. Pour de nombreux citoyens, ce fut un soulagement autant qu’un espoir.

Les jours qui suivirent furent marqués par la volonté de reconstruire un État fort et respecté. Kérékou, désormais à la tête du pays, prôna la discipline, la justice sociale et la souveraineté nationale. En 1974, il proclama l’option marxiste-léniniste, faisant du Dahomey un État révolutionnaire, bientôt rebaptisé République populaire du Bénin en 1975. Cette orientation idéologique, bien qu’inspirée du contexte mondial de l’époque, traduisait aussi une volonté d’affirmer une identité nationale affranchie des influences extérieures.

Au-delà du simple changement de régime, le coup d’État du 26 octobre 1972 marqua le début d’une ère nouvelle. Il mit un terme à douze années d’instabilité et offrit au pays une cohérence politique qui allait durer près de deux décennies. Certes, les choix idéologiques et les méthodes autoritaires du régime Kérékou seront plus tard remis en question, mais nul ne peut nier que ce 26 octobre fut le point de départ d’une refondation profonde de l’État béninois.

Cinquante-trois ans plus tard, cette date conserve une portée symbolique. Elle rappelle à chaque génération la fragilité de la démocratie, mais aussi la quête permanente d’un équilibre entre stabilité, justice et liberté. Le coup d’État du 26 octobre 1972, loin d’être une simple prise de pouvoir militaire, demeure une page essentielle de l’histoire du Bénin moderne, une leçon politique et humaine dont les échos résonnent encore dans la conscience nationale.

✍️ Sébastien YANGA

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